ANNE TUFFIGO : L’AU-DELÀ NE RÉPONDAIT PAS VRAIMENT

Anne Tuffigo, médium très en vue, était de passage à Bruxelles pour deux spectacles à guichets fermés. Par curiosité, et parce que je crois aux forces de l’invisible, je suis allé la voir. Je voulais être surpris. Je suis surtout ressorti déçu.
La première partie, longue et professorale, aligne les considérations sur la mort, les signes, les synchronicités, les rêves ou les sensations de déjà-vu. Pour qui s’intéresse déjà à ces sujets, rien de réellement neuf. Cette ancienne professeure de français sait parler, maîtrise son public et connaît les attentes de ceux qui viennent à elle : obtenir un signe, prolonger un lien, savoir si un proche disparu est en paix.
Mais il faut surtout attendre. Une longue conférence, puis des chansons interprétées par un groupe, puis un entracte… avant de retrouver enfin la médium pour ce que beaucoup sont venus chercher. Et là, surprise : seulement quatre analyses. Pour un spectacle aussi long, la médiumnité occupe finalement bien peu de place.
La médiumnité est aussi devenue pour Anne Tuffigo une activité florissante. Ses consultations privées sont très demandées, les rendez-vous difficiles à obtenir et les tarifs élevés. Ses livres se vendent, les salles se remplissent. Le succès est incontestable. Il ne constitue évidemment pas, à lui seul, une preuve de communication avec l’au-delà.
Anne Tuffigo, insiste sur l’éthique dont elle entoure sa pratique. Une précaution indispensable lorsqu’on s’adresse à des personnes parfois fragilisées par le deuil. Mais elle s’aventure aussi sur des terrains beaucoup plus discutables. Lorsque il y a quelques années elle affirmait percevoir l’énergie de Xavier Dupont de Ligonnès et le pense vivant aux États-Unis, ou lorsqu’elle se penche sur des profils criminels, la question se pose : jusqu’où peut-on aller au nom de perceptions qui, par définition, ne peuvent être vérifiées ?
Reste donc la démonstration. Anne Tuffigo évoque une odeur, une habitude, un trait de caractère, un détail quotidien. Quelqu’un réagit dans la salle. Elle écoute, rebondit sur un mot, poursuit une piste puis en emprunte une autre lorsque la première ne mène nulle part. C’est habile, parfois émouvant. La mécanique est bonne.
Mais ce soir-là, rien ne m’a semblé assez précis, inattendu ou inexplicable pour convaincre d’un véritable dialogue avec les morts. J’attendais ce détail impossible à deviner, cette information connue du seul défunt et de celui qui l’a aimé. Elle n’est jamais venue.
Je ne prétends pas qu’Anne Tuffigo ne possède aucun don ou aucune sensibilité particulière. Je n’en sais rien. Mais entre intuition, psychologie, observation et communication avec l’au-delà, il reste un sacré espace.
Au Cirque Royal, j’aurais surtout aimé moins d’attente et davantage de médiumnité. Quatre analyses seulement au terme d’une soirée aussi étirée, c’est peu. Certains sont sans doute repartis apaisés. Pour ma part, j’étais venu avec ma curiosité et ma croyance en l’invisible.
Je suis reparti avec les deux intactes. Mais sans preuve.



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