AVIGNON 2026 Gérald Dahan « Il était une voix… Molière » … seul-en-scène théâtral en vers et en alexandrins
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Cette édition d’Avignon signe le retour de Gérald Dahan… L’imitateur brillant, après de nombreuses déconvenues, avait disparu des radars. Ce n’est pas à nous d’en expliquer les raisons. Nous avons revu un DAHAN artiste brillant.
Nous connaissions Gérald Dahan comme étant l’un des plus grands imitateurs de sa génération. Depuis le début des années 1990, il promène ses voix sur les scènes, à la radio avec ses gags téléphoniques et à la télévision. Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, Johnny Hallyday, Fabrice Luchini, Jean-Luc Mélenchon et bien d’autres sont passés entre ses cordes vocales et ses pièges. Son sens de l’observation et son travail de précision ont fait sa réputation. Derrière l’imitateur se cache pourtant un véritable comédien.

Avec « Il était une voix… Molière », Gérald Dahan change de registre sans renoncer à ce qui a construit son succès. L’idée est originale. Faire revivre Molière en lui prêtant les voix de personnalités d’aujourd’hui. Les personnages deviennent soudain très proches de nous. Harpagon, Tartuffe ou Scapin semblent traverser les siècles sans prendre une ride. Les travers humains n’ont pas changé. Les masques, eux, portent simplement d’autres noms.
Les alexandrins conservent leur musique. Les imitations apportent un autre regard. Elles créent un décalage qui provoque le rire mais aussi la réflexion. On mesure à quel point les morales de Molière restent, même actualisées, d’une étonnante modernité.
Pendant plus d’une heure, Gérald Dahan multiplie les personnages avec une facilité qui force l’admiration. Une voix succède à une autre — 55 exactement. Un geste remplace le précédent. Il ne s’agit pas d’une démonstration technique. Fabrice Lucchini quitte parfois Lafontaine pour Poquelin en introduisant les personnages chers aux œuvres du répertoire du boss de la comédie française : De Funès en avare ; Sarkozy victime de la société et jeté en prison comme Molière ; l’abbé Pierre dans sa vraie nature psalmodiant la voix des démons et l’impunité de la sainteté ; Patrick Sébastien devenant Sganarelle ; Stéphane Bern ; Tartuffe ; Jean-Jacques Goldman se prenant pour Molière…
*Antoine Decaunes : « Mes amis, j’me présente, je ne suis point Decaunes,
On me nomme Scapin, je détonne, ça m’étonne ?
* Philippe De Viliers devient Philinte : “Moi, Philinte DE Villiers, je prêche la monarchie, l’extrême droite en costume, je suis le fou du Puy”
* Édouard Baer : “on me nomme Dorante, Édouard Baer l’enfumeur
Je butine les précieuses, comme on cueille des fleurs,
Puis quand l’époque grince et me montre du doigt,
Je tends le mien bien droit, même si l’on en veut pas.”
Dominique Besnehard : “certains m’appellent l’Agent, le maitre des contrats
Je vends tous les talents, je négocie tout ça”
On retrouve aussi Donald Trump, magnifiquement imité en Trissotin : “Si je suis un Tyran, c’est votre faute à You ! C’est pas que je sois grand, c’est que vous etes à g’noux !”
Hanouna en Orgon : “Hé mes p’tits chéris ! le peuple m’applaudit, j’moralise en direct… Orgon la conscience des faubourgs.”
François Cluzet mettant dans le mille en forçant le passage : “Laisse-moi entrer ! J’ai des choses à dire !”
François Hollande jouant François Pignon : “j’suis l’homme qu’il faut… mais… modérément”
Un hommage vivant à Molière. Gérald Dahan rappelle que le théâtre classique peut encore parler à tous lorsqu’il est porté par un artiste qui en comprend l’esprit. Il ne cherche jamais à ridiculiser Molière. Il joue avec lui. Il le fait entrer dans notre époque.
À une époque où beaucoup pensent que les classiques appartiennent aux salles de classe, Gérald Dahan démontre que Molière continue à nous observer. Il continue à rire de nos défauts. Et Gérald Dahan lui offre une voix nouvelle sans jamais lui voler la sienne.
Une belle réussite. Une rencontre inattendue. “Il était une voix… Molière”, derrière les rires, rappelle que les hypocrisies, les ambitions, les vanités et les ridicules n’ont pas pris une ride. Quatre siècles ont passé. Molière nous tend encore un miroir. Gérald Dahan a eu l’intelligence de le placer devant notre époque.
Ton casting du Bourgeois Gentilhomme, Gérald, est un petit régal ! Alors redevient cet artiste au profit d’autres disciplines qui n’auraient jamais dû te quitter. Nous avons retrouvé l’humoriste que nous connaissions.
Je suis vrai à vous d’être juste.
Hervé MEILLON. Chroniqueur médias : — TV-Radio-Podcast-Presse écrite…



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