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AVIGNON 2026 Jérôme de Warzée « VA AU DIABLE » … Satan n’a qu’à bien se tenir.

  • il y a 4 jours
  • 4 min de lecture

On va tenter de dire un mot sur ce qui ne mériterait aucun commentaire tant que c’est du bon, du très bon… Que dire de ce diable d’homme qu’est Jérôme de Warzée. Il nous prouve enfin qu’il est capable de se risquer à un seul-en-scène qui ne manque pas de piquant ! Et pour cause !

On l’avait déjà aperçu à Avignon en 2008 et 2009, en compagnie de la comédienne Claudie Rion dans le spectacle : « Vous en prendrez bien deux louches », une guerre des Roses à la bruxelloise avec une écriture dans le plus pur style de Sacha Guitry et de Pierre Desproges. Jérôme avait enchainé avec un spectacle joué à Pigalle, « The chauve must go on » et on ne peut pas dire qu’il y fit un triomphe remarqué.

 

Son truc à lui, c’est l’écriture. Ancien champion de Belgique de scrabble, fils du grand comédien et metteur en scène Michel de Warzée. Auteur pour d’autres artistes et notamment pour « Les Taloches ». En Belgique, Jérôme de Warzée fait partie des figures connues de l’humour. Auteur, humoriste, chroniqueur, il est le créateur de l’émission « Le Grand Cactus » sur la RTBF. Dans cette émission, Jérôme de Warzée ne se contente pas d’être à l’écran. Il écrit les textes de la troupe qui l’entoure et choisit les comédiens. Il est l’un des vrais maîtres d’œuvre de l’émission. Pour cet homme qui dans le civil charrie une forme de timidité, les mots sont sa vie.

 


Avec « Va au Diable ! », il signe un seul-en-scène plus qu’original. Il remonte aux origines de Satan. Il traverse les siècles. Il convoque les textes religieux, la mythologie, l’Histoire, les croyances populaires. Puis il revient vers notre époque. Celle où les démons prennent parfois le visage de l’intolérance, de la violence, du pouvoir ou des réseaux sociaux.

Le sujet pourrait devenir pesant. Il n’en est rien. Jérôme de Warzée alterne culture, humour et réflexion. Son texte est solide et ne perd pas le spectateur en chemin. Chaque anecdote trouve sa place. Chaque détour nourrit le propos. La mise en scène réserve aussi une belle surprise. Tout au long du spectacle, des vidéos d’une grande qualité viennent enrichir le récit. Elles illustrent les personnages, les épisodes historiques et les références culturelles évoquées. L’image dialogue avec le comédien. Elle apporte un contrepoint, crée parfois un effet de surprise. L’ensemble est soigné. Ces séquences donnent du rythme, évitent toute monotonie et renforcent le caractère immersif de ce voyage au pays du Diable. Elles font partie intégrante du spectacle. Sur scène, Jérôme de Warzée impose une présence naturelle, quoique parfois un peu angoissée. Il faut dire que son texte approprié aussi pour un public français est costaud et que le prompteur lui est encore utile. Son regard, sa voix, son sens du rythme suffisent à captiver le public. Les réactions sont très positives. Les spectateurs saluent un spectacle intelligent, une écriture soignée et un humour qui ne prend jamais son public de haut. Beaucoup soulignent aussi la qualité de la documentation et l’originalité du sujet. Nous avons aimé cette façon de raconter sans donner de leçon. Le rire ouvre la porte à la réflexion. Derrière les traits d’humour se cache une vraie interrogation sur la nature humaine. Le Diable n’est peut-être qu’un prétexte pour parler de nous.

 

Si Jérôme de Warzée est depuis longtemps une valeur sûre belge, le public français est en train de le découvrir. Son émission « Le Grand Cactus », diffusée bien au-delà de la Belgique grâce à TV5MONDE, lui offre une visibilité nouvelle. Les nombreux extraits publiés sur Instagram, choisis avec soin, circulent largement et séduisent un public qui ne le connaissait pas encore. À Avignon, cette notoriété grandissante se confirme. Les spectateurs belges répondent présents et remplissent la salle. Mais ils ne sont plus les seuls. Les Français découvrent un humoriste à l’écriture fine, cultivée et dotée d’un véritable univers.

 

Dans un festival où les spectacles d’humour sont nombreux, « Va au Diable ! » choisit une autre voie. Celle d’un rire qui s’appuie sur la culture, sur les mots et sur l’intelligence. Un spectacle qui divertit, qui surprend et qui laisse une trace bien après les applaudissements. Parler du Diable pendant plus d’une heure et faire rire le public — le pari pouvait sembler impossible. Jérôme de Warzée le relève avec talent.

Nous avons quitté la salle le sourire aux lèvres, mais aussi avec quelques questions en tête. Le jour où « Le Grand Cactus » s’arrêtera, choisira-t-il de miser sur le théâtre plutôt que sur la télévision où sur les réseaux pullulent des yéyés du rire et des influenceuses présomptueuses ? À 53 ans, le choix est loin d’être simple.


Le public français suivra-t-il un humoriste qui préfère les sujets exigeants aux recettes faciles ? Les Belges ont leurs Diables Rouges. L’humour belge a peut-être trouvé l’un de ses meilleurs attaquants. Reste maintenant à savoir si Jérôme de Warzée quittera son terrain de jeu habituel pour venir marquer quelques buts de ce côté-ci de la frontière, peut-être son Eden ?

Je suis vrai à vous d’être juste.

            

Hervé MEILLON. Chroniqueur médias : — TV-Radio-Podcast-Presse écrite…

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