top of page

CLÉMENTINE CÉLARIÉ – Mon Cow-Boy… et moi, un drôle d’Indien…

  • il y a 2 jours
  • 3 min de lecture

Comment parler de Mon Cow-Boy sans y laisser un peu de soi ?



Ce spectacle n’est pas un témoignage sur le cancer. C’est un combat. Une pièce de théâtre qui se mesure à l’invisible. Accompagnée de comédiens excellents, Clémentine Célarié ne raconte pas sa maladie. Elle lui donne un visage. Elle l’appelle son « Cow-boy ». Un compagnon indésirable. Un adversaire. Un personnage avec lequel elle se dispute, qu’elle provoque, qu’elle insulte parfois, avant de comprendre qu’il lui faudra avancer avec lui.

En quittant la salle, j’avais les yeux pleins de larmes. Des larmes égoïstes.

Il y a deux ans, je livrais moi aussi bataille. Un cancer du pancréas. Une opération lourde. Les chimiothérapies. Un corps qui ne m’appartenait plus. Un moral en miettes. Mon cancer, je l’avais baptisé « mon Indien ». J’ai souri en découvrant que Clémentine avait choisi un Cow-boy. Deux personnages de western. Deux ennemis imaginaires pour nommer l’innommable.


Pourquoi a-t-elle choisi le théâtre ? Pourquoi ai-je choisi d’écrire un livre, J’ai encore beaucoup de gens à aimer ?

Sans doute pour la même raison. Mettre des mots là où le silence étouffe. Dire ce que les proches n’osent pas dire. Raconter les hôpitaux, les salles d’attente, les chimiothérapies, les regards, les phrases convenues, les silences embarrassés. Non pour susciter la compassion, mais pour partager une vérité.

Sur scène, Clémentine Célarié et ses partenaires impressionnent. Ils passent du rire à la colère, de la dérision à l’émotion, sans jamais forcer. L'écriture refuse le misérabilisme. La mise en scène reste sobre. Tout repose sur la force des mots, sur les regards, sur son corps qui retrouve peu à peu sa place. On comprend que le plus grand combat ne consiste pas seulement à vaincre la maladie. Il faut aussi sauver son métier, sa liberté, son identité de femme et d’artiste.

Elle parle de la peur, mais sans s’y enfermer. Elle transforme l’épreuve en théâtre. Elle offre de la poésie là où d’autres ne verraient qu’un dossier médical. Elle fait rire quand on s’attend à pleurer. Puis elle bouleverse sans prévenir. Sa survie ne semble liée qu’à son métier !

Pendant tout le spectacle, je retrouvais mon propre chemin. Voilà deux ans que j’essaie encore d’éviter les flèches que mon Indien veut bien laisser dans son carquois. Elle parle à son Cow-boy. Moi, je dialogue avec mon Indien. Nous avons fini par comprendre la même chose : nous ne les tuerons jamais. Ils voyageront avec nous jusqu’au dernier kilomètre. Il faut apprendre à vivre avec eux sans leur abandonner notre vie.


Mon livre est né à la demande de Sophie, mon épouse. Mon garde-vie. Je l’ai écrit d’un seul souffle. Sans me protéger. Sans me relire. Les mots se bousculaient. Je voulais raconter la vérité sans détours, celle des oncologues, des infirmières, des proches, des amis. Cette vérité que chacun contourne parce que le cancer fait peur, même à ceux qui n’en sont pas atteints.

Je retrouve cette sincérité chez Clémentine Célarié. Cette pièce de théâtre est un acte de résistance. Une manière de reprendre le pouvoir. Elle transforme son Cow-boy en partenaire de route. Pas par résignation. Par intelligence.


Nous partageons aussi une même méfiance envers un mot que les médecins utilisent souvent : la rémission. Ce mot rassure les autres plus qu’il ne rassure le malade. Il ressemble à une promesse que personne n’ose signer. La médecine ne peut offrir que des probabilités. Jamais des certitudes. Pour celui qui a traversé le cancer, la rémission ressemble à un contrat renouvelable tous les six mois. Une permission de continuer. Un sursis. Une respiration.

« Mon Cow-Boy » ne parle pas seulement du cancer. Il parle de la vie qui refuse de céder. De la création qui devient une arme. De l’humour qui tient debout lorsque tout vacille. Clémentine Célarié aide ceux qui traversent la maladie. Mais aussi ceux qui les accompagnent. On en ressort différent. Plus vivant. Avec l’envie de ne plus laisser ni les Cow-boys ni les Indiens décider seuls de la suite de l’histoire.

Je suis vrai à vous d’être juste.

Hervé MEILLON. Chroniqueur médias : — TV-Radio-Podcast-Presse écrite…

Commentaires


bottom of page