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AVIGNON 2026 « LOUISON ET MONSIEUR MOLIÈRE » Théâtre création.

  • 18 juil.
  • 3 min de lecture

 

À Avignon, il n’est pas si fréquent de découvrir un spectacle qui rassemble toutes les générations dans le même élan. Ici, les enfants regardent avec des yeux émerveillés. Les adultes retrouvent la magie de leurs premières émotions théâtrales. Les applaudissements y sont reconnaissants.

L’idée de cette création est d’une intelligence remarquable. Adapté du roman de Marie-Christine Helgerson, lui-même inspiré de l’histoire authentique de Louison Beauval, le spectacle remet en lumière une enfant que l’Histoire avait presque oubliée. Cette jeune comédienne, engagée dans la troupe de Molière, inspira au dramaturge le personnage de Louison dans Le Malade imaginaire. Peu connaissent cette anecdote. Le spectacle en fait une aventure humaine bouleversante.

Molière n’est pas transformé en monument figé. On ne célèbre pas une statue. On ressuscite un homme. Derrière le génie apparaît un artiste vieillissant, exigeant, tendre, parfois inquiet, mais animé d’une conviction inébranlable : le théâtre ne survit que s’il se transmet. Entre ce maître au crépuscule de son existence et cette fillette qui découvre les planches naît une relation d’une infinie délicatesse. Elle écoute. Il guide. Elle doute. Il encourage. Elle grandit. Lui comprend que son œuvre lui survivra à travers celles et ceux qui porteront demain ses mots.

Cette relation dépasse largement le cadre historique. Elle parle de tous ces enseignants, de tous ces artistes, de tous ces passeurs qui, un jour, changent discrètement le destin d’un enfant par une parole, un regard ou une simple marque de confiance.

La mise en scène est remarquable d’élégance. Rien n’est démonstratif. Les décors glissent avec fluidité. Les lumières sculptent les atmosphères sans jamais voler la vedette aux comédiens. Les costumes restituent l’époque avec raffinement. Ce spectacle respire l’esprit d’ensemble. Chacun dans la troupe existe sans jamais chercher à prendre le dessus sur l’autre. On retrouve cette idée fondamentale de la troupe chère à Molière : un collectif où chaque interprète sert d’abord l’histoire.

La jeune comédienne Marjorie Dubus illumine littéralement le plateau. Sa « Louison » possède cette spontanéité que l’on ne peut fabriquer. Son regard pétille d’intelligence, sa voix oscille entre l’innocence et la détermination, son énergie est communicative. Elle ne joue pas l’enfance ; elle l’incarne avec une vérité bouleversante. Face à elle, Emmanuel Lemire compose un Molière très humain. On oublie très vite le personnage historique pour ne voir qu’un homme qui approche de la fin de sa vie tout en continuant à croire passionnément au pouvoir du théâtre. Son interprétation évite tous les pièges de la caricature ou de la solennité. Elle touche par sa simplicité.

La réussite aussi, car l’écriture ne se veut pas didactique. Elle laisse simplement l’émotion accomplir son travail et sous l’apparente légèreté du récit elle livre des questions universelles : comment naît une vocation ? Que transmet-on réellement à ceux qui nous succèdent ? Comment donner confiance à un enfant ? Quelle trace laisserons-nous lorsque le rideau tombera ? Ces interrogations traversent le spectacle avec finesse.

Quatre siècles après sa disparition, Molière reste un merveilleux passeur d’émotions. Le plus bel hommage que lui rend ce spectacle est de transmettre aux jeunes l’envie d’aimer et peut-être un jour de faire du théâtre. « Louison et Monsieur Molière » réussit ce miracle comme ces rencontres qui modifient discrètement notre regard sur le monde.

À Avignon, le théâtre n’est jamais aussi grand que lorsqu’il parle au cœur avant de s’adresser à l’intelligence. Sous les applaudissements du public, une pensée s’impose naturellement — celle de Jean Vilar et de Gérard Philipe. Ils planent sur ce spectacle comme ils continuent de planer sur Avignon. Non par nostalgie, mais parce que « Louison et Monsieur Molière » rencontre leur idéal : du populaire, de l’exigence, de la générosité. Un théâtre qui transmet, qui élève, qui rassemble. Une passerelle entre les siècles. Quatre cents ans après Molière, septante ans après Jean Vilar et Gérard Philipe, la même flamme continue de brûler sur les scènes du off d’Avignon, car le « in » reste trop souvent long, barbant et donneur de leçons pour un public bien doctoral.

 

Je suis vrai à vous d’être juste.

             Hervé MEILLON. Chroniqueur médias : — TV-Radio-Podcast-Presse écrite…


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